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Jérôme Kerviel, un “méchant” bien pratique pour la Générale

Mercredi 6 février 2008

La Société générale a fait de Jérôme Kerviel un cerveau diabolique digne d’un dessin animé. Son nom est presque une anagramme de “Me Evil Joker”, le méchant dans Batman. Mais cela ne fait pas du trader indélicat un monstre. C’est l’intérêt de la banque d’affirmer qu’elle a été piégée par un génie. Ce scénario permet de faire mieux accepter les pertes. Cela pourrait même susciter une certaine sympathie pour la Société générale.

Mais dans les faits, le plus grand scandale de l’histoire des marchés financiers a été, pour l’essentiel, accompli avec des méthodes pas très sophistiquées : des mots de passe dérobés et des e-mails falsifiés, bref des petites ficelles que n’importe quel adolescent utilise pour sécher les cours.L’homme a commencé à réaliser des opérations risquées début 2005, selon les enquêteurs. Soit deux ans plus tôt que dans la version avancée par la Société générale. Par ailleurs, Eurex, la Bourse allemande des marchés dérivés, avait posé des questions sur les positions de M. Kerviel dès le mois de novembre 2007 - avant que ses pertes en cascade se déclenchent.

La banque a admis avoir identifié des problèmes dans les comptes de M. Kerviel. Mais ses supérieurs ont accepté ses explications selon lesquelles il s’agissait de simples erreurs. Et ils ne l’ont pas contraint à prendre des vacances, qui auraient probablement permis de découvrir la fraude.

Jean-Pierre Mustier, le patron de la banque d’investissement de la Société générale, a adopté le ton du capitaine Renault dans le film Casablanca. Il a répété durant le week-end qu’il avait été choqué, choqué de découvrir une telle fraude. A la lumière des dernières révélations, cela semble difficile à avaler.

M. Mustier a offert de se sacrifier, comme le PDG de la banque, Daniel Bouton. On leur a refusé. M. Bouton a dit lundi 28 janvier que sa lettre de démission restait sur la table. Le conseil de la Société générale devrait la relire.

 

Jeffrey Goldfarb

Article paru dans l’édition du 31.01.08.

Sur Le Monde.fr