Archive pour janvier 2008

Un espion présumé chez Michelin

Jeudi 17 janvier 2008

Par Perrine Créquy

16/01/2008 | Mise à jour : 11:20 |

Un ancien ingénieur du fabricant de pneumatiques aurait cherché à vendre des secrets de fabrique au concurrent japonais Bridgestone.

Il aurait cherché à gagner 150.000 euros. Un ingénieur de Michelin de 32 ans est soupçonné d’avoir cherché à vendre des données confidentielles au concurrent japonais Bridgestone. Il a été mis en examen lundi pour livraison à une entreprise étrangère de renseignements dont l’exploitation et la divulgation sont de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. Un crime qui est passible de quinze ans de réclusion. Il est également poursuivi pour abus de confiance et violation des secrets de fabrique. L’homme sera jugé par le tribunal de Clermont-Ferrand. Il a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de sortie du territoire. Mais le parquet a fait appel de cette décision pour obtenir son incarcération.

Le projet présumé de ce cadre a été déjoué après que Bridgestone a alerté Michelin. Selon une source proche de l’enquête, le fabricant japonais a indiqué avoir reçu un mail le 3 juillet dernier, proposant des informations confidentielles contre 100.000 livres sterling. Michelin a alors tendu un piège à l’auteur présumé de cette proposition en menant la négociation sous l’identité de Bridgestone. Le constructeur de Clermont-Ferrand a alors démasqué l’espion présumé. Cet ancien salarié avait démissionné de son poste en mars 2007, après avoir travaillé pendant cinq années dans la branche poids lourds de Michelin.

Aucune intention de nuire

L’ingénieur est défendu par Me Gilles-Jean Portejoie. Interrogé par lefigaro.fr, l’avocat se dit «étonné de la gravité des chefs d’accusation retenus par rapport aux faits» imputés à son client. «Son acte relève du jeu, un jeu pervers certes, et d’une stupidité sans nom, mais sans intention de nuire. La somme réclamée est ridiculement basse, et les données divulguées étaient masquées ou amputées. Personne d’autre que Michelin n’aurait pu les exploiter.»Il assure également que son client n’a dévoilé aucun secret de fabrique. «Les données qu’il a cherché à vendre concernaient la stratégie d’entreprise de Michelin, ses priorités de fabrication. Cet ancien responsable de la vulcanisation poids lourds Europe de Michelin était bien noté. Pourtant, il a démissionné. Et je crois qu’il n’a jamais fait le deuil de cette décision.» Me Gilles-Jean Portejoie reconnait toutefois la difficulté de ce dossier. «Ce n’est pas la plus simple des affaires que j’ai connues.» Spécialiste des affaires sensibles, il a notamment défendu le mari de Lolo Ferrari Eric Vigne, le préfet Bernard Bonnet dans l’affaire Erignac, ou encore Johnny Hallyday et Mazarine Pingeot.

De son côté, Michelin ne souhaite pas préciser les circonstances de l’affaire «car la procédure judiciaire est en cours». Une porte-parole de la Manufacture rappelle toutefois que «Michelin protège ses secrets et sa propriété intellectuelle de la façon la plus stricte, par des procédures internes, des brevets, et des procédures judiciaires si nécessaire. Nous avons été précurseurs dans de nombreux domaines. Et pour tenir notre rang du numéro un mondial, ou numéro deux selon les taux de change, nous devons garder notre longueur d’avance psychologique.» Le constructeur de pneumatique dépose environ 150 brevets chaque année, et se targue de posséder le plus grand centre européen de recherche chimique. Pas question donc de prendre de prétendues blagues à la légère.

 Sur Figaro.fr

France 2 la colombe, TF1 le faucon: télé et théorie des jeux

Jeudi 17 janvier 2008

La décision a été annoncée en conférence de presse sarkozienne: dorénavant, le financement du service public de télévision sera réalisé non plus sur ses propres recettes publicitaires, mais sur une taxe portant sur les recettes de ses concurrents des chaînes privées.

Quel sera l’effet de cette décision sur nos programmes du dimanche soir ? C’est un problème classique de “théorie des jeux”, un sous-domaine de l’économie développé par les brillants esprits du siècle dernier (Von Neumann et Nash entre autres et récompensé par de nombreux prix Nobel notamment en 1994 et en 2007).

Imaginons d’abord -toujours simplifier pour clarifier les idées- que nous soyons dans un jeu à deux joueurs (TF1, France 2) et que l’audience soit captive entre ces deux chaînes. Nous serions dans ce qu’on appelle un “jeu de coexistence”. Chaque chaîne a deux stratégies possibles: passer un grand film (qui coûte cher en droits) ou passer un navet, moins cher. Dans cette situation, les recettes dépendent de l’audience de chaque chaîne, donc de la stratégie de l’autre. C’est ce qu’on appelle une “situation d’interaction stratégique” que décrit bien la théorie des jeux.

Faucon contre Colombe, Faucon contre Faucon, Colombe contre Colombe

Le jeu le plus à même de décrire cette situation est le jeu dit Faucon-Colombe. La stratégie du Faucon est de mettre agressivement un bon film (enfin, comprendre, un film à succès, à même de réunir une forte audience, cela peut être un Jean-Claude Van Damme). La stratégie de la Colombe est de passer un programme moins cher attirant moins d’audience.

Pourquoi? Et bien, si l’une des deux chaînes joue Faucon et l’autre Colombe, la première emporte une forte audience et gagne le maximum de recettes publicitaires. L’autre limite les pertes car elle a peu dépensé en droits. Disons pour fixer les idées que la première réalisera un gain de 5 et l’autre de zéro. Exemple: “Les Tortues Ninja” contre un documentaire sur l’extinction des tortues dans le pacifique sud.

Si les deux jouent Faucon (deux bons films), elles se partageront l’audience et les recettes sont plus faibles: exemple, “La Grande Vadrouille” contre “Les Tontons flingueurs”. Comme les droits sont élevés pour les deux, les deux font des pertes: disons, -2 et -2. Deux prédateurs l’un face à l’autre, c’est une victoire à la Pyrrhus.

Si les deux jouent Colombe (par exemple, un reportage sur la production de tiges métalliques en Corée, face à un reportage sur “Que sont devenus les leaders écolos des années 80?”), les pertes seront limitées pour chacun et l’audience est partagée. Disons, 2 et 2 pour chacune, moins que 5, car ces deux piètres programmes favoriseront M6.

Une stratégie possible: jouer les probabilités

Les deux chaînes doivent maintenant décider de ce qui est le mieux pour leurs propres intérêts. Aucune stratégie, dans ce jeu, n’est gagnante. Elles devraient évidemment se coordonner pour partager, mais elles se détestent trop pour cela. Ou le conseil de la concurrence l’interdit.

La théorie des jeux a quand même trouvé une solution: il existe une stratégie pour chacune de ces chaînes qui soit cohérente avec celle de l’autre. Chaque chaîne tirera au sort la qualité de son programme, ou se comportera de façon en apparence aléatoire: de temps en temps, ce sera un film à grand succès, de temps en temps un petit programme.

Si la stratégie aléatoire pour chaque chaîne est de choisir un bon film avec probabilité de un sur deux, le risque d’un conflit des bons films (les deux stratégies agressives en même temps) est d’un quart seulement, ce qui limite les pertes.

Pourquoi n’existe-t-il pas une autre stratégie non aléatoire, plus simple? Pourquoi par exemple ne pas jouer Colombe tout le temps pour les deux chaînes (des navets tout le temps)? La réponse est que si une des chaînes joue cette stratégie, l’autre jouera forcément Faucon. Ce n’est donc pas une stratégie viable pour la Colombe.

France 2 pourrait bien jouer les Colombe tous les soirs

Maintenant, considérons la réforme annoncée l’autre jour, celle qui a fait bondir le cours de bourse de TF1: “France 2 sera financé sur les recettes de TF1.” Quelle sera en effet la bonne stratégie de France2 dans ce contexte? Et bien, il s’agira de passer les programmes les plus faibles possibles aux heures de grande écoute, de façon à maximiser les recettes de ses concurrents du privé.

Exit donc les soirs avec “Les Visiteurs” sur la Une et “L’Aile ou la cuisse” sur la 2. Dorénavant, ce sera documentaire et feuilleton sur France 2, qui va devenir une Colombe et TF1 sera définitivement consolidée dans sa stratégie de Faucon.

Est-ce un bien ou un mal? Disons que c’est une assez bonne formule si on considère que cela enlève le besoin de la course à l’audience des chaînes publiques, et même très efficace pour éviter les conflits des deux stratégies agressives où les spectateurs devaient choisir entre deux bons films le dimanche soir alors que leur samedi soir de télévision avait été assez sinistre.

Maintenant, et c’est une autre question économique, supprimer l’aiguillon de l’audience n’est pas nécessairement très incitatif, mais cela peut quand même amener l’investissement dans des programmes de qualité et plus risqués.

L’inconvénient, c’est que le financement de France2 va dépendre aussi d’un taux de prélèvement déterminé par le pouvoir politique en place. On peut alors craindre que cela ne renforce la dépendance de la chaîne à l’égard des pouvoirs et ne conduise à terme à une certaine forme d’auto-censure. Le trade-off, c’est de choisir entre la dépendance vis-à-vis des sponsors donc du business et la dépendance vis-à-vis du politique.

Pas facile comme choix.

Sur Rue89.com 

Carla Bruni se reproduit n’importe comment

Jeudi 17 janvier 2008

Le faux scoop du week-end sur la grossesse de Carla Bruni a fait le tour du monde en quelques heures. Retour sur le parcours éclair d’une comète trash dans la galaxie de l’information.

L’hystérie journalistico-peopolistique frise la démence. En milieu de semaine dernière, le thème imposé pour tout média avide de clics était donc le mariage présidentiel. Paparazzis campant autour de la mairie du XVIème arrondissement de Paris, rumeurs, suspens insoutenable entretenu sur les blogs de prestigieux confrères… Mais au final, à part un usage abusif du conditionnel, pas grand-chose à signaler. Aussi, dès la fin de la semaine, certains ont-ils changé leur fusil d’épaule pour se lancer à corps perdu dans la recherche d’un autre scoop : « Carla Bruni enceinte ». Le bloggeur-linguiste Jean-Véronis s’est amusé à décrypter les chemins qu’a pris cette fausse nouvelle pour se propager sur le Web : au départ, un bloggeur hébergé par 20minutes.fr ouvre les vannes. Très actif, il a créé plusieurs blogs sur l’interface de 20minutes.fr, connectés entre eux. Résultat : le moteur de recherche google place très vite l’information au top de la page « actualité ». « Le problème de Google actualité, c’est qu’il ne fait aucune distinction entre les articles issus des blogs et ceux qui viennent des grands quotidiens ou des agences. Ce qui l’intéresse, c’est le nombre de liens qui partent et qui arrivent sur une page. Le bloggeur à l’origine de la rumeur ayant créé plusieurs blogs interconnectés est donc très bien référencé », explique Jean Véronis.

Le tour du monde en quelques minutes
Le premier effet pervers ne se fait pas attendre. Les médias étrangers fondent sur cette fausse information avec la gourmandise d’un affamé : le site de la radio suisse romande reprend l’article et le source du quotidien 20minutes. « La confusion est courante, décrypte encore Jean Véronis. De nombreux médias traditionnels permettent aux internautes de créer leur blog sur leur interface. C’est le cas du JDD, de 20.minutes, du Monde… en allant un peu vite, et si l’on ne fait pas l’effort de vérifier, on peut donc croire qu’un article hébergé sur l’un de ces blogs a été rédigé par la rédaction du journal. » Ensuite, fatalement, tout s’emballe. La nouvelle est reprise par une agence de presse italienne, Ansa, par le Dailymail, par la presse allemande et par de nombreux sites Web, y compris français, en un temps record… jusqu’à ce que 20minutes.fr se fende d’un démenti et fasse disparaître le post du bloggeur fantaisiste à l’origine de l’histoire. Mais il est déjà trop tard.

Qui veut gagner des millions de clics ?
Fait inédit, des médias traditionnels comme le nouvelobs.com ou La Dépêche du midi, pour ne citer qu’eux, donnent une seconde vie à cette histoire. La Dépêche ajoute même qu’on aurait vu le top modèle à l’hôpital américain de Neuilly… La rumeur, présentée et assumée comme telle, devient alors, en elle-même, l’objet d’un article. « Là, on a quelque chose de nouveau, analyse Jean Véronis. Jusqu’à présent, les informations sur Internet étaient considérées comme douteuses lorsqu’elles émanaient des bloggeurs. Je ne suis pas sûr que cette évolution soit à l’avantage des grands médias… » Jouer à à « qui veut gagner des millions de clics » est forcément tentant, mais le calcul est à court terme. Après l’affaire du faux Président de Face book, la presse avait-elle vraiment besoin de ça ? En se jetant à corps perdu dans la course à l’échalotte, L’Est républicain contibue à ce discrédit général. Le titre choc de ce lundi : Nicolas Sarkozy et Carla Bruni se seraient mariés jeudi à l’Elysée. Sans polémiquer sur l’importance qu’on peut accorder à ce fait majeur dans l’Histoire de France, on observe simplement que les conditionnels, une fois de plus, abondent dans le corps de l’article. Quant à la fiabilité du scoop, il suffit de lire la première ligne du papier pour s’en assurer : l’information provient, dixit le journal lui-même, d’une « source proche d’un témoin ayant assisté à leur union ». Le type qui a vu le type qui a vu un schtroumpf vert cette après-midi nous appelé : il ne comprend pas pourquoi l’AFP n’a pas encore réagi…

 

Mardi 15 Janvier 2008 - 00:03

 

A. Borrel

Sur Marianne2.fr